La richesse des vieilles amitiés

L’amitié ! Voilà un thème qui est vieux comme le monde des hommes.

 

Aristote l’avait classée en trois types :

L’amitié d’utilité, celle qui nous unie vers un but commun, au travail, dans une association, à l’école.

L’amitié de plaisir, celle qui fait que l’on aime passer du temps avec une personne juste pour l’énergie qu’elle dégage, la manière qu’elle a d’interagir avec nos émotions, de nous remonter le moral instantanément. C’est la copine avec laquelle on va se faire une séance de shopping et un bon resto. C’est le copain avec lequel on prend l’apéro ou on va à la pêche.

Et il y a l’amitié du bien (ou de la vertu mais pas dans son sens chrétien : apparemment y aurait matière à occuper son temps en recherche sémantique au sujet du terme « bien » chez les grecs). En tous les cas c’est la vieille amitié. L’amitié d’intimité. Celle qui s’est souvent formée sur les bancs de l’école. Ce qui signifie qu’elle a été une amitié d’utilité au début. Et qu’elle s’est transformée en amitié de plaisir une fois l’utilité passée. Et qu ’ ensuite elle est devenue une amitié du bien. Qu’on entretient comme une plante d’appartement et qui fait la richesse.

Au cœur de ces amitiés on retrouvera toujours les 3 ingrédients magiques que sont :

  • Un sentiment de bonté mutuelle : souhaiter du bien à l’autre
  • Une reconnaissance de ce sentiment de bonté mutuelle : savoir que l’autre ne nous veut que du bien
  • Une reconnaissance mutuelle des valeurs personnelles de chacun : chacun reconnait la/les valeur(s) de l’autre, sans ambition ni souhait de supériorité, on est ami par respect et admiration de ce que l’autre est, et que souvent nous ne sommes pas nous même tout simplement

Voilà de quoi y voir plus clair dans qui sont nos amis. Dans quel type d’amitié on se situe. Dans ce que l’on peut attendre de la relation, dans ce qui déborde ou dans ce qui n’est pas là, dans ce qui a lieu d’être précisé ou pas.

Quand on a la chance d’avoir dans sa vie des amitiés de bien, et que l’on en a pris conscience, on fera l’effort de planifier ces 45 minutes de conversations téléphoniques, ce voyage prévu de longue date qui ne cesse de se repousser car la vie arrive entre temps. Un dicton anglais dit :

« Make new friends but keep the old, for one is silver the other is gold”. Et là je traduis car je sais que j’ai quelques amies qui ne parle que le yahourt :  « Fais-toi des nouveaux amis mais garde les anciens, car les premiers sont en argent et les seconds en or ». Qui n’a pas le souhait d’enrichir sa vie ? A l’heure des centaines d’amis Facebook dont le concept ne se range dans aucune des catégories définies par Aristote, il est important de réinterroger l’amitié et de comprendre ce qu’elle apporte dans nos vies.

 

Dernièrement j’ai fait un court voyage loin de chez moi. Je voulais profiter au maximum de mon temps, faire des activités sur place que je ne peux pas faire chez moi et me reposer aussi. Oui je sais, faire des activités, se reposer ou ne rien faire … c’est un peu paradoxal tout ça. Et voir ma vieille amie, non qu’elle soit vieille mais on est amie depuis longtemps, se traduisait par faire 3hoo de voiture dans la journée, donc pas vraiment mon idée du repos, et une fois que je l’aurai retrouvée, ne rien faire en particulier de mon après-midi, donc pas vraiment mon idée de faire une activité. Mais au nom de cet effort indiscutablement nécessaire, car les questions de savoir si je veux du bien à cette personne, si ce sentiment est mutuel et si nous reconnaissons nos valeurs personnelles ne se posent plus, ce que j’ai découvert c’est que j’ai passé une après-midi chez moi. Un vrai repos ! Une après-midi à 170km de mon lieu de vacances, une après-midi à 875 km de mon lieu de résidence, une après-midi dans un chez moi intime que je connais depuis presque 30 ans maintenant.

 

Un moment d’unité partagé, dans lequel on évoque nos vieux souvenirs et qui me permet de ressentir qu’au fond j’ai toujours 13 ans, 16 ans, 20 ans, 25 ans etc …

C’est un quotidien retrouvé à chacune des rencontres avec ces vieilles amies. Comme si l’on s’était quittée la veille. C’est la courbe du temps qui ralentit le temps d’une après-midi ou d’un week-end pour reprendre un rythme plus lent, celui d’autrefois, il passait plus lentement le temps autrefois, non ? C’est prendre conscience de toutes les poupées russes que nous avons successivement incarnées et qui sont toujours présentes au fond de nous. C’est constater ensemble l’évolution personnelle qui a été réalisé pour chacune. C’est partager un moment d’intimité avec quelqu’un qui nous connait parfaitement. Une amitié comme ça c’est comme rentrer chez soi en somme et c’est le meilleur lieu pour se reposer.